Je les aurais suppliés de m'écouter, j'aurais voulu m'expliquer avec calme, très-probablement j'aurais été fusillé, ce fut l'habitude du commandement militaire qui me sauva.

Je repoussai le gendarme qui m'avait pris par le bras, puis m'adressant au sergent qui donnait des ordres à ses hommes, je lui dis:

—Sergent, avancez ici.

Il se retourna vers moi.

—Vous m'accusez d'avoir tiré?

—On a tiré de dedans les maisons; je ne dis pas que c'est vous; nous cherchons qui.

—En voilà un, crièrent deux ou trois gendarmes en poussant contre le mur de la cour le jeune homme blessé, son fusil a crevé dans sa main, il saigne.

Le pauvre garçon tomba sur les genoux et tendit vers les gendarmes un bras suppliant; mais ceux-ci reculèrent de quatre ou cinq pas, trois fusils s'abaissèrent, et le malheureux, fusillé presque à bout portant, tomba la face sur le pavé.

Cette scène horrible s'était passée en moins de quelques secondes, sans que personne de nous, tenu en respect par une baïonnette, eût pu intervenir.

A ce moment un officier entra sous la porte, j'écartai les baïonnettes qui me menaçaient et courus à lui.