—Monsieur le capitaine, me dit l'aîné des fils, nous vous demandons la permission de vous accompagner et de vous servir de guides. Quand nous rencontrerons l'ennemi, vous verrez que mes amis, mon frère et moi nous sommes dignes de marcher avec vos soldats. Nous ne serons pas les derniers à la charge.

Je restai pendant quelques secondes cruellement embarrassé; la demande de ces jeunes gens avait par malheur de puissantes raisons à faire valoir: c'était à la délivrance de leur père qu'ils voulaient marcher; c'était leur père qu'ils voulaient venger.

Ce fut précisément ce côté personnel de la question qui me fit refuser leur concours: ils mettraient une ardeur trop vive dans la poursuite, une haine trop légitime dans la lutte, et ils pourraient entraîner mes soldats à des représailles que je voudrais éviter.

Je repoussai donc leur demande; il me fallut discuter, disputer presque, mais je tins bon.

—Je ne veux que l'un de vous, messieurs, dis-je en montant à cheval, et encore celui qui viendra doit-il laisser ses armes ici; c'est un guide que j'accepte, et non un soldat.

A quelques propos de mes hommes que je saisis par bribes, je vis qu'ils ne me comprenaient point et qu'ils me blâmaient.

XXXV

Tous ceux qui ont fait campagne savent combien il est difficile de rejoindre une troupe ennemie, lorsqu'on n'a pour se diriger que les renseignements qu'on peut obtenir des paysans; celui-ci a vu qu'ils allaient au nord, celui-là a vu qu'ils allaient au sud, un troisième a entendu dire qu'ils étaient passés par l'ouest, un quatrième est certain qu'ils n'ont été ni au nord, ni au sud, ni à l'ouest, attendu qu'ils n'ont pas paru dans le pays.

Ce fut ce qui m'arriva lorsque je me mis à la poursuite de la bande qui avait emmené comme otage le propriétaire du château dans lequel nous avions passé la nuit, et jamais, en si peu de temps, on n'a pu, je crois, recueillir plus de renseignements contradictoires; dans un village, c'était l'excès de zèle qui nous trompait, dans un autre, c'était la malveillance qui nous égarait; de maison en maison, les indications variaient comme les opinions et les sentiments: ici, nous étions des bourreaux, là des sauveurs.

Cependant, au milieu de cette confusion, se détachaient deux faits principaux; nous étions sur le point de joindre les bandes qui s'étaient réunies et cherchaient une bonne position pour résister; les autres troupes envoyées entre elles commençaient à approcher: la lutte devenait donc à chaque pas de plus en plus menaçante; un hasard pouvait l'engager d'un moment à l'autre.