—Très-bien; alors veuillez le faire remettre entre nos mains.

Et comme j'avais laissé échapper un geste d'étonnement:

—Qui nous sommes, n'est-ce pas? continua-t-il; rien n'est plus juste: précisément, nous sommes cette autorité compétente que vous demandez, et comme nous n'avons pas encore mis le département en état de siége, c'est l'autorité civile qui commande.

Je n'avais pas eu l'avantage dans cette discussion rapide où les paroles s'étaient heurtées comme dans un combat; je sentis que la situation du vieux bûcheron devenait de plus en plus mauvaise. Mais que faire? Je ne pouvais me mettre en opposition avec l'autorité départementale, et puisqu'ils réclamaient ce prisonnier qui n'était pas le mien d'ailleurs, mais celui des paysans, je ne pouvais pas prendre les armes pour le défendre. Je ne pouvais qu'une chose: refuser mes hommes pour le faire fusiller, s'ils persistaient dans cette épouvantable menace, et à cela j'étais parfaitement décidé. Ils ne le fusilleraient pas eux-mêmes.

—Ce bûcheron est dans la prison de la mairie, il vous appartient.

—Très-bien, dit M. de Solignac.

—Très-bien, répéta son acolyte.

—Maintenant, dit M. de Solignac, voulez-vous désigner les hommes qui doivent former le peloton d'exécution?

—Non, monsieur.

—Vous refusez d'obéir à notre réquisition? dit froidement M. de Solignac.