Le brigadier ne bougea point, mais il pâlit encore.
—Êtes-vous sourd?
Alors le gendarme qui était près de lui s'avança de trois pas: il portait un fusil de chasse à deux coups; un bandeau de soie noire lui cachait la moitié du visage; une raie sanguinolente coulait sous ce bandeau.
—Sauf respect, dit-il, il n'y a pas besoin de plusieurs hommes, je le fusillerai tout seul; le brigand payera pour ceux qui m'ont crevé l'oeil.
Un crime horrible allait se commettre, et ne pouvant pas l'empêcher par la force, je voulus au moins l'arrêter. Dans la salle de la mairie où cette discussion avait lieu se trouvaient plusieurs personnes; le maire de la commune, quelques notables et notre guide, c'est-à-dire le fils du propriétaire qui avait été emmené en otage.
La vue de ce jeune homme qui marchait en long et en large, impatient de tout ce retard, me suggéra une idée, et tandis que la foule continuait au dehors ses chants et ses vociférations, je revins sur M. de Solignac, en même temps que d'un geste j'arrêtais le gendarme qui allait sortir.
—Par cette mort, lui dis-je, vous voulez empêcher l'effusion du sang et vous oubliez que vous allez le faire couler.
—Le sang de ce misérable ne vaut pas celui que je veux ménager.
—Ce n'est pas de ce misérable que je veux parler maintenant, c'est des otages qui sont aux mains des insurgés et qui peuvent devenir victimes d'affreuses représailles, lorsqu'on apprendra que la troupe fusille ses prisonniers.
Puis, m'adressant à mon jeune guide: