—Prenez garde, capitaine; c'est de l'insubordination, c'est de la révolte, et dans des conditions terribles.
—Terribles, en effet.
—Pour vous, capitaine.
M. de Solignac s'emportait; son second se pencha à son oreille et lui dit quelques mots à voix basse.
—C'est juste, répliqua M. de Solignac, allez.
Et ce sinistre personnage sortit marchant d'un mouvement raide et mécanique comme un automate. Presque aussitôt il rentra suivi de deux gendarmes: un brigadier et un simple gendarme.
—Brigadier, dit M. de Solignac, il y a là un prisonnier qui a été pris les armes à la main; vous allez le faire fusiller par vos hommes.
Ces paroles me firent comprendre que le malheureux bûcheron était perdu. L'insurrection avait exaspéré les gendarmes; on les avait poursuivis, maltraités, injuriés, désarmés; dans certains villages on s'était livré sur eux, m'avait-on dit, à des actes de brutalité honteuse; ils avaient à se venger, et pour beaucoup la répression était une affaire personnelle. Si ce brigadier était dans ce cas, le prisonnier était un homme mort.
En entendant les paroles de M. de Solignac, ce dernier pâlit affreusement, et il resta sans répondre regardant droit devant lui, une main à la hauteur de la tête, l'autre collée sur son pantalon.
—Eh bien? demanda M. de Solignac.