L'impatience et l'angoisse me faisaient presser le pas de mon cheval. Malheureusement il était fatigué, et la distance était beaucoup trop grande pour qu'il me fût possible de la franchir en une journée. Je dus passer la nuit dans un petit village au delà de Brignoles, d'où je partis le lendemain matin au jour naissant.
Je franchis les douze lieues qui me séparaient de Cassis en quatre heures, et, après avoir mis à la Croix-Blanche mon pauvre cheval qui n'en pouvait plus, je courus chez le général Martory.
Comme mon coeur battait! C'était ma vie qui allait se décider.
Le général était sorti, mais Clotilde était à la maison. Je priai la vieille servante de la prévenir de mon arrivée.
Elle accourut aussitôt.
—Vous! dit-elle en me tendant la main.
Je l'attirai contre ma poitrine et longtemps je la tins embrassée, mes yeux perdus dans les siens, oubliant tout, perdu dans l'ivresse de l'heure présente.
Elle se dégagea doucement et, m'abandonnant sa main, que je gardai dans les miennes:
—Comment êtes-vous ici? demanda-t-elle. Que se passe-t-il? J'ai reçu la lettre par laquelle vous me disiez que vous partiez pour le Var.
—C'est du Var que j'arrive.