—J'ai pensé que vous n'aimeriez pas un homme qui se serait déshonoré. La lutte a été terrible entre la peur de vous perdre et le devoir. Êtes-vous perdue pour moi?
—Ne prononcez donc pas de pareilles paroles.
—Me permettez-vous de vous voir comme autrefois, de vous aimer comme autrefois, ou me condamnez-vous à ne revenir jamais dans cette maison?
—Et pourquoi ne reviendriez-vous pas dans cette maison? Croyez-vous donc que c'était votre uniforme qui faisait mes sentiments?
—Chère Clotilde!
Un bruit de pas qui retentit dans le vestibule interrompit notre entretien: c'était le général qui rentrait pour déjeuner et faisait résonner les roulements de sa canne.
L'accent et le regard de Clotilde, bien plus que ses paroles, m'avaient rendu l'espérance, et avec elle la force. Mais ce n'était pas tout. Comment le général allait-il accepter mon récit?
Je le recommençai long et circonstancié, en insistant surtout sur ma démission que j'avais donnée au colonel, et que je n'avais reprise que pour empêcher le sang de couler; du moment que les fusillades que je réprouvais étaient ordonnées malgré moi, je devais me retirer.
Je suivais avec anxiété l'effet de ces explications. Le général resta assez longtemps sans répondre, et j'eus un moment de cruelle angoisse.
—J'avoue, dit-il enfin, que j'aurais mieux aimé votre démission quand votre colonel a voulu vous donner le commandement du détachement envoyé dans le Var, cela eût été plus net et plus crâne. On ne peut pas obliger un honnête homme à faire ce que ses opinions lui défendent. L'abandon de votre commandement devant l'ennemi me plaît moins: c'est presque une désertion. Je comprends ce qui l'a amenée, mais enfin c'est grave. En tout cas, il dépend de Solignac de lui donner le caractère qu'il voudra, et je me charge de lui écrire là-dessus.