—Vous n'êtes plus en Espagne, dit-elle en marchant; et depuis quand êtes-vous à Paris?

—Depuis le mois de mars.

Nous nous étions rejoints: elle me tendit les deux mains en me regardant, et pendant plusieurs minutes je restai devant elle sans pouvoir prononcer une seule parole. Ce fut elle qui continua:

—Depuis le mois de mars, et vous n'êtes pas venu me voir!

—Moi, chez vous, chez M. de Solignac?

—Non, mais chez madame de Solignac; vous avez donc oublié le passé?

—C'est parce que je me le rappelle trop cruellement qu'il m'est impossible d'aller maintenant chez vous.

—Ce n'est pas de cela que je veux parler; ce que je vous demande, c'est de vous rappeler ce que vous me disiez autrefois. Vous souvenez-vous qu'à la suite de plusieurs difficultés, vous m'aviez manifesté la crainte de ne pas pouvoir venir chez mon père et que toujours je vous ai assuré que rien ne devait altérer notre amitié; ne voulez-vous pas venir chez moi maintenant, quand autrefois vous paraissiez si désireux de venir chez mon père?

—Pouvez-vous comparer le présent au passé!

—Pouvez-vous me faire un crime d'un sacrifice qui m'était imposé!