—Par qui? Votre père souffre de ce mariage.

—Il en souffre, cela est vrai, mais il eût plus souffert encore s'il ne s'était pas fait; et d'ailleurs, quand j'ai consenti à devenir la femme de M. de Solignac, je ne croyais pas que sa conduite envers mon père serait ce qu'elle a été. Ils avaient été amis; ils avaient longtemps vécu ensemble, je croyais qu'ils seraient heureux d'y vivre encore. M. de Solignac a pris d'autres dispositions, et ce ne sont pas les seules dont j'ai à souffrir. Mais ne parlons pas de cela. Oubliez ce que je vous ai dit et reconduisez-moi à ma voiture. Voulez-vous m'offrir votre bras?

Quand je sentis sa main s'appuyer doucement sur mon bras, le coeur me manqua, et je n'osai tourner mes yeux de son côté.

—Ainsi, dit-elle après quelques pas, vous ne voulez plus me voir?

C'en était trop.

—Je ne veux plus vous voir, dis-je en m'arrêtant; vous croyez cela; eh bien! écoutez et ne vous en prenez qu'à vous de ce que vous allez entendre. Hier, vous avez été aux Italiens et vous êtes rentrée chez vous à onze heures trente-cinq minutes. Avant-hier, vous avez été en soirée et vous êtes rentrée à deux heures. Jeudi, vous vous êtes promenée pendant une heure dans votre jardin, de dix à onze heures; vous aviez pour robe un peignoir gris-perle.

—Comment savez-vous...

—Mercredi, vous avez reçu depuis quatre heures jusqu'à sept. Et maintenant vous voulez que je vous dise comment je sais tout cela. Je le sais parce que j'ai voulu vous voir, et pour cela j'ai pris un appartement dont les fenêtres ouvrent sur votre hôtel.

Puis tout de suite je lui racontai comment je m'étais installé rue Blanche, et comment, depuis le mois de mars, je la voyais chaque jour. Nous nous étions arrêtés, et elle m'écoutait les yeux fixés sur les miens, sans m'interrompre par un mot ou par un regard.

Quand je cessai de parler, elle se remit en marche vers sa voiture.