—Non.

—Ni moi non plus, mais je sais que c'est un des meilleurs romans de G. Sand; je vais en acheter deux exemplaires. J'en garderai un et je vous enverrai l'autre.

—C'est cela; lire dans un livre donné par vous, le plaisir sera doublé; vous ferez des marques sur votre exemplaire; j'en ferai de mon côté sur le mien, et nous les échangerons après.

Cette première entrevue n'avait eu que des joies, mais maintenant il fallait voir M. de Solignac, et c'était là le douloureux. Il me fallait du courage pour cette visite, mais ce n'est pas le courage qui me manque d'ordinaire, c'est la résolution; une fois que mon parti est pris, je vais de l'avant coûte que coûte; et mon parti était pris, ou plus justement il m'était imposé par Clotilde.

Le mercredi suivant, à six heures, j'entrai dans le salon où Clotilde m'avait déjà reçu. Elle était là, et deux personnes étrangères s'entretenaient avec M. de Solignac.

J'allai à elle d'abord et elle me serra la main, en me lançant un regard qui n'avait pas besoin de commentaire: jamais paroles n'avaient dit si éloquemment: «Je t'aime.»

Je me retournai vers M. de Solignac qui me tendit la main; il me fallut avancer la mienne.

Les personnes avec lesquelles il était en conversation se levèrent bientôt et sortirent. Nous restâmes seuls tous les trois.

—J'ai regretté, me dit-il, de ne m'être pas trouvé chez moi quand vous avez bien voulu venir voir madame de Solignac, je vous remercie d'avoir renouvelé votre visite pour moi. Vous avez vu le général; comment est-il?

J'étais tellement furieux contre moi que je voulus m'en venger sur M. de Solignac.