Cependant les heures en sonnant à la pendule me ramenèrent à la réalité. Je regardai le cadran, il était cinq heures, il y avait plus de deux heures que j'étais près d'elle.

Elle devina que je pensais à me retirer.

—Non, dit-elle en me retenant; pas encore, je vous avertirai.

—Nous reprîmes notre causerie; mais enfin l'heure arriva où je ne pouvais plus prolonger ma visite.

—Demain, me dit Clotilde, je pourrai rester longtemps encore dans le jardin; mais si vous me voyez, moi je ne vous vois pas, et je voudrais cependant être avec vous. Pourquoi ne serions-nous pas ensemble par l'esprit comme nous y sommes? Pourquoi ne liriez-vous pas dans votre chambre le livre que je lis dans le jardin? Nous commencerions en même temps, nous tournerions les feuillets en même temps, et en même temps aussi nous aurions les mêmes idées et les mêmes émotions. Voyons, quel livre lirions-nous bien?

Elle me prit par la main et me conduisit devant une étagère sur laquelle étaient posés quelques volumes richement reliés. Mais si les reliures étaient belles, les livres étaient misérables: c'étaient des nouveautés prises au hasard, sans choix personnel, et pour la vogue du moment.

—Je veux quelque chose de tendre, de doux, dit-elle, que nous ne connaissions ni l'un ni l'autre, pour avoir le plaisir de créer ensemble et en même temps.

—Les volumes que vous avez ici ne peuvent pas vous donner cela.

—Eh bien! prenons-en d'autres.

—Si vous le voulez, je vais vous en envoyer un; connaissez-vous François le Champi?