Pendant que le vénérable Partridge répliquait au baron portugais ou un comte flamand, Clotilde penchée vers Poirier s'entretenait avec lui dans une conversation animée. De temps en temps ils tournaient les yeux, à la dérobée, de mon côté, et bien que la distance m'empêchât d'entendre leurs paroles, je sentais qu'il était question de moi.

Que disaient-ils? Pourquoi s'occupaient-ils de moi? Quand leurs regards rencontraient le mien, il est vrai qu'ils me souriaient l'un et l'autre, mais il n'y avait pas là de quoi me rassurer, bien au contraire. Ceux qui ont aimé comprendront par quels sentiments je passais.

—Nous parlons de vous, me dit Clotilde répondant à un coup d'oeil.

—Et que dites-vous de moi?

—Du bien, cher ami, répliqua Poirier en levant son verre.

—Et du mal, continua Clotilde en me souriant tendrement.

—Mais enfin?

—Plus tard, plus tard, répondit Poirier en riant; vous êtes trop ardent; il faut savoir attendre et ne pas toujours prendre la vie au tragique.

—La vie est une comédie, dit sentencieusement le prince italien.

—Un mélodrame, dit le baron portugais, où le rire se mêle aux larmes.