Il n'était pas possible de continuer sur ce ton. Il fallut attendre.

Le plus tard de Poirier arriva après le dîner; lorsque nous fûmes rentrés dans le salon il vint me prendre par le bras et m'emmena dans le jardin pour fumer un cigare.

—Vous êtes curieux de savoir ce que nous disions de vous, n'est-ce pas?

—Cela est vrai.

—Vos yeux me l'ont dit. Ils sont éloquents vos yeux. Peut-être même le sont-ils trop.

—Comment cela?

—En disant des choses qu'il ne serait pas bon que tout le monde entendit. Heureusement je ne suis pas tout le monde, et je n'ai pas l'habitude de raconter ce que j'apprends ou devine.

L'entretien sur ce ton ne pouvait pas aller plus loin, je voulus le couper nettement.

—Vous avez beaucoup trop d'imagination, mon cher Poirier, et vous lisez mieux ce qui se passe en vous que ce qui se passe au dehors.

—Toujours la tragédie; vous vous fâchez, vous avez tort, car je vous donne ma parole que je ne trouve pas mauvais du tout que madame de Solignac vous ait touché au coeur: elle est assez charmante pour cela, et Solignac de son côté est assez laid et assez vieux pour expliquer les caprices de sa femme.