—Est-ce pour cela que vous m'avez amené dans ce jardin?

—C'est «expliquer» qui vous blesse, mettons «justifier» et n'en parlons plus.

—N'en parlons plus, c'est ce que je demande pour moi autant que pour madame de Solignac.

—Vous êtes plus bégueule qu'elle ne l'est elle-même; car je vous assure que, pendant tout le dîner, elle a eu plaisir à me parler de vous.

—Et que vous disait-elle?

—Elle m'a raconté comment vous étiez devenu l'ami de son père, et... le sien. Si je me trompe dans l'ordre des faits, reprenez-moi, je vous prie; faut-il dire que vous êtes devenu d'abord l'ami de mademoiselle Martory et ensuite celui du général, ou bien faut-il dire que vous avez commencé par le général et fini par mademoiselle Martory; mais peu vous importe, n'est-ce pas?

—Parfaitement.

—Je m'en doutais. Je continue donc. Après m'avoir parlé de votre intimité, elle m'a dit comment vous aviez donné votre démission, et c'est là ce qui a singulièrement allongé notre entretien, car j'avoue que bien que vous m'ayez prouvé que nous ne jugions pas les choses de ce monde de la même manière, j'étais loin de m'attendre à ce qu'elle m'a appris. Comment diable, si vous désapprouviez le coup d'État, et je comprends cela de votre part, n'êtes-vous pas resté à Paris et pourquoi êtes-vous retourné à Marseille où vous étiez exposé à marcher avec votre régiment?

—Vous avez donné la raison de ma détermination tout à l'heure, je ne juge pas les choses de ce monde comme vous.

—Enfin, vous vous êtes mis dans la nécessité d'abandonner votre détachement, pour ne pas faire fusiller vos amis par vos soldats.