—Holà, c'est le gabidaine.
Que de choses s'étaient passées depuis que j'avais quitté le régiment! Que de questions! Que de récits!
La soirée s'écoula vite; puis après la soirée, une bonne partie de la nuit. On ne voulut pas me laisser rentrer à Paris, et je couchai sous la tente roulé dans une pelisse qu'on me prêta.
En sentant le drap d'uniforme sous ma joue, la tête pleine de récits et de souvenirs, le coeur ému, je rêvai que j'étais soldat et que je devais dormir d'un sommeil léger pour être prêt à partir le lendemain matin en expédition.
Le froid de l'aube me réveilla, car j'avais perdu l'habitude de coucher en plein air; mais mon rêve se continua.
Pourquoi ce rêve ne serait-il pas la réalité? Ils allaient partir, pourquoi ne pas les suivre et retourner en Afrique? Pourquoi ne pas redevenir soldat?
C'était au régiment qu'était le calme moral, la tranquillité de l'esprit, la vie que j'aimais.
Qu'étais-je à Paris? L'amant d'une femme qui m'avait trahi, rien de plus. Que serais-je demain? Ce que j'avais été hier, son amant, rien de plus.
J'avais quitté l'armée pour obéir à ma conscience. Mais depuis, dans combien de luttes cette conscience, fière autrefois, lâche maintenant, avait-elle succombé, entraînée par les faiblesses de la passion!
Et les unes après les autres toutes ces faiblesses me revinrent. Chaque fois, j'avais voulu résister et toujours j'avais succombé.