J'étais en train de tourner et de retourner cette question, en suivant la rue Moncey, pour rentrer chez moi, quand je me sentis saisir par le bras. Je levai les yeux sur celui qui m'arrêtait, c'était Treyve.

—Vous sortez du chez M. de Solignac, me dit-il, comment se trouve-t-il?

—M. de Solignac, dis-je, surpris par cette interruption, mais il va bien.

—Tout à fait bien; il ne se ressent donc pas de son attaque d'hier?

—Comment son attaque? il n'a pas eu d'attaque.

—Si vous me dites que M. de Solignac n'a pas eu d'attaque hier, c'est que vous avez vos raisons pour cela, et je ne me permets pas de les deviner; seulement, quand je vous dis que M. de Solignac a eu une attaque hier soir, il ne faut pas me répondre non. Je n'avance jamais que ce dont je suis sûr, et je suis sûr de cette attaque; si vous ne la connaissez pas, apprenez-la de ma bouche et faites-en votre profit, si profit il peut y avoir pour vous.

—Je vous répète ce que je viens d'apprendre; on m'a dit que M. de Solignac, que je n'ai pas vu, était indisposé, voilà tout.

—Eh bien, mon cher, la légère indisposition de M. de Solignac n'est rien moins qu'une bonne congestion au cerveau, qui a été causée hier soir, à onze heures, par un accès de colère. Vous voyez que je précise.

—En effet, et je commence à croire que vous êtes bien informé.

—Comment vous commencez? mais vous êtes donc le doute incarné. Eh bien, je vais vous achever. Vous connaissez Lina Boireau, n'est-ce pas?