Je n'ai dit à personne que M. de Solignac était mourant, et j'ai eu même la générosité de demander à celui qui pouvait répandre cette nouvelle de la cacher.

C'est bien assez. Plus serait folie. Si le journal édite cette nouvelle, si elle arrive sous les yeux de ceux qui ont intérêt à la connaître, et par eux si elle pénètre jusqu'à M. de Solignac, tant pis pour lui; ce ne sera pas ma faute.

Dieu l'aura voulu.

Je n'avais rien à faire, je n'avais qu'à laisser faire, ce qui était bien différent.

Cette conclusion apaisa instantanément le tumulte qui m'avait si profondément troublé. Je m'assis sur un banc. Rien ne pressait plus, puisque je n'irais pas au journal. Je me mis à regarder des pigeons qui roucoulaient dans les branches.

Le jardin était toujours désert et les oiseaux causaient en liberté. Au loin on entendait le murmure de la ville.

—Rien à faire, me disais-je. S'il doit mourir, il mourra; s'il doit guérir, il guérira; cela ne me regarde en rien. Les choses iront comme elles doivent aller.

Toute la question maintenant était de savoir s'il vivrait ou s'il mourrait. A son âge une congestion devait être mortelle. La mort était donc la probabilité. Clotilde serait veuve. Enfin!

Mais à cette idée je ne sentis pas en moi la joie qui aurait dû me transporter; au contraire.

Je me levai et repris ma marche sous les arbres, plus troublé peut-être qu'au moment où je discutais ma résolution; et, cependant, cette résolution était prise, maintenant, elle avait été raisonnée, pesée. D'où venait donc le tumulte qui soulevait ma conscience?