—Très-vrai.

—Alors, monsieur, je suis désolé de vous dire que je ne peux pas ne pas le publier.

—Cette publication peut tuer M. de Solignac s'il lit votre journal ou si quelqu'un lui parle de votre article.

—Cela pourrait peut-être arriver si l'article était rédigé dans une forme inquiétante. Mais cela n'est pas. Nous nous contentons d'annoncer le fait lui-même. M. de Solignac sait bien qu'il a éprouvé un accident.

—Il faudrait qu'il fût seul à le savoir, tous les jours on se sent malade et l'on ne s'inquiète que quand on est averti par ses amis.

—M. de Solignac serait le premier venu, je vous dirais tout de suite que je vais supprimer cette nouvelle. Mais il n'en est pas ainsi. Mieux que personne, puisque vous êtes l'ami de M. de Solignac, vous savez quelle position il occupe.

—Il ne faut pas s'exagérer l'importance de cette position; ce n'est pas parce que M. de Solignac est malade, que l'État est en danger ou que la Bourse va baisser.

—La Bourse, non, c'est-à-dire la Rente, mais les affaires dont M. de Solignac est le fondateur? C'est là ce qui donne une véritable importance à cette nouvelle. La mort de M. de Solignac peut ruiner bien des gens, car il est l'âme de ses entreprises. Excellentes tant qu'il les dirige, ces entreprises peuvent devenir mauvaises le jour où il ne sera plus là. Vous voyez donc que, sachant la maladie de M. de Solignac, il nous est impossible de n'en pas parler. On ne fait pas un journal pour soi, on le fait pour le public, et c'est un devoir d'apprendre au public tout ce qui peut l'intéresser. La maladie de M. de Solignac l'intéresse, je la lui annonce.

J'insistai; il ne se laissa point toucher.

—Le rédacteur en chef est absent pour le moment, me dit-il en manière de conclusion; je pense qu'il va rentrer avant la mise en pages; vous lui expliquerez votre demande, et s'il consent à supprimer la nouvelle, ce sera bien.