—Vous seriez forcé de rester au Mexique.

—Si cette condition m'avait été posée, vous ne me verriez pas hésitant; j'aurais refusé tout de suite. Vous savez bien que je ne peux rester que là où vous êtes; il s'agit seulement d'un voyage de quelques mois.

—Et vous hésitez?

—J'ai peur de m'éloigner; et puis j'ai honte d'entrer dans une affaire où se trouvent certains associés.

Je lui expliquai alors la combinaison de Poirier.

—Vous m'avez demandé à être franc, dit-elle après m'avoir attentivement écouté; à mon tour je veux être franche aussi. Que vous alliez prendre du service dans l'armée américaine, je m'y oppose, pour moi d'abord, pour Valentine, ensuite. Mais que vous alliez au Mexique dans les conditions qui vous sont offertes, j'en serai bien aise. Si votre affaire réussit, il me sera agréable de recevoir de vous une fortune. Si elle ne réussit pas, vous aurez par votre absence fait taire certains bruits dont je m'effraye, et alors rien ne s'opposera plus à ce mariage que vous ne pouvez pas désirer plus vivement que je ne le désire moi-même.

Engagé dans ces termes, cet entretien, qui fut long, ne pouvait avoir qu'un résultat: me décider à accepter les propositions de Poirier. Les unes après les autres, Clotilde combattit mes hésitations. Raison, raillerie, tendresse, elle parla toutes les langues, et je dois le dire, elle n'eut pas grand'peine à réduire au silence ma conscience troublée. Je luttais plus par devoir que par conviction et je combattais pour pouvoir me dire que j'avais combattu. Ma misérable résistance était celle de la femme entraînée par sa passion qui dit «non» des lèvres et «oui» du coeur.

—Je sais, dit-elle, lorsque je la quittai, tard, dans la nuit, ce que sont les doutes qui nous torturent dans la séparation. Au Mexique, loin de moi, ne recevant pas les lettres que tu attendras, ton esprit jaloux s'inquiétera peut-être et se forgera des chimères qui te tourmenteront. Il faut alors que tu retrouves au fond de ton coeur des souvenirs qui te rassurent mieux que des paroles certaines: Je te jure donc qu'à ton retour, que ce soit dans trois mois, que ce soit dans un an, tu me retrouveras t'aimant comme je t'aime aujourd'hui, comme je t'aime depuis que nous nous sommes vus pour la première fois.

—Ma femme?

—Oui, ta femme.