Elle me rassura d'un mot. Valentine était chez sa nourrice. Elle m'entraîna. Une voiture nous attendait. Nous partîmes. Elle était dans mes bras.

—Toi, disait-elle, c'est toi, enfin!

La voiture roula longtemps sans qu'il y eût d'autres paroles entre nous. Enfin elle voulut m'interroger. Elle n'avait pas reçu mes lettres et c'était par les journaux qu'elle avait appris ma mort, brusquement, un soir. Quel coup!

Et elle me serra dans une étreinte passionné.

Pendant trois mois elle m'avait pleuré. Ma dépêche lui avait appris en même temps et ma vie et mon arrivée.

Je la regardai et la lueur d'un bec de gaz devant lequel nous passions me montra son visage pâle qui gardait les traces de cette longue angoisse.

Je lui racontai alors comment je lui avais écrit, comment j'avais écrit aussi à Poirier qui, lui, avait reçu ma lettre et m'avait répondu. Mais elle n'avait pas vu Poirier depuis mon départ.

—Que de souffrances évitées, s'écria-t-elle, si Poirier m'avait communiqué ta lettre!

Je crus qu'elle parlait de ses souffrances pendant ces trois mois, mais, depuis, ce mot m'est revenu et j'ai compris sa cruelle signification.

La voiture s'arrêta: je regardai: nous étions devant ma porte.