—Chez moi?
—Cela te déplaît donc, dit-elle en me serrant la main, que je vienne chez toi? Je vais monter pendant que tu expliqueras à ton concierge que tu n'es pas un revenant.
Elle baissa son voile et entra la première. Bientôt je la rejoignis.
Quelle joie! Il y avait bientôt un an que nous nous étions quittés.
Enfin un peu de calme se fit en nous, en moi plutôt. Malgré mon ivresse, il m'avait déjà semblé remarquer qu'il y avait en Clotilde quelque chose qui n'était point ordinaire. Je l'examinai plus attentivement et la pressai de parler.
Elle se jeta à mes genoux et un flot de larmes jaillit de ses yeux: elle suffoquait; elle me serrait dans ses bras; elle m'embrassait, elle ne parlait point.
—Eh bien, oui, s'écria-t-elle, il faut parler, il faut tout dire, mais la coup qui nous atteint est si horrible que je n'ose pas.
Effrayé, je cherchais de douces paroles pour la rassurer et la décider.
—Tu sais comment j'ai appris ta mort, dit-elle. Alors, au milieu de ma douleur, j'ai eu une pensée d'inquiétude affreuse, non pour moi, ma vie était brisée, mais pour Valentine, pour notre fille, pour ta fille. Que serait-elle la pauvre petite, une enfant sans nom; ta mort m'avait montré la faute que nous avions faite en ne la reconnaissant pas. Un homme, depuis longtemps, avait demandé à m'épouser, un vieillard, je lui ai dit la vérité. Il a consenti à accepter Valentine comme sa fille. Pour qu'elle eût un père, j'ai cédé.
—Mariée!