Enfin, en arrivant au Prado, qui se trouvait à peu près désert, Vimard se décida à parler.

—Mon silence vous surprend, n'est-ce pas?

—Beaucoup.

—C'est que je ne désire pas que ce que j'ai à vous dire soit entendu, et quand je suis sous l'impression d'une forte préoccupation, je ne peux pas parler pour ne rien dire.

—Maintenant, je serai seul à vous entendre.

—J'aborde donc le sujet qui nous amène ici; et si je le fais franchement, c'est parce que j'ai en vous toute confiance.

Il ajouta encore quelques paroles qu'il est inutile de rapporter, et après que je l'eus remercié comme je le devais de la sympathie qu'il me témoignait, il continua:

—L'idée de m'ouvrir à vous m'est venue en vous trouvant à la bibliothèque et en vous voyant étudier les procès de Strasbourg et de Boulogne que je venais moi-même lire. Il m'a paru qu'il y avait dans cette rencontre quelque chose qui ne tenait point au seul hasard, et que si tous deux en même temps nous nous occupions du même sujet, c'était que très-probablement nous avions les mêmes raisons pour le faire. Je vais vous dire quelles sont les miennes, et si vous le trouvez bon, vous me direz après quelles sont les vôtres. Mais ce n'est pas un marché que je vous propose et je ne vous dis pas: confidence pour confidence. Bien entendu, vous restez maître de votre secret.

Que voulait-il? M'entraîner dans une conspiration? Cela n'était guère probable, étant donné son caractère honnête et droit. Mais alors, s'il ne s'agissait pas de complot, que signifiaient ces précautions de langage? Il ne pouvait pas avoir les mêmes raisons que moi pour vouloir connaître le commandant de Solignac. J'avoue que ma curiosité était vivement excitée.

—Mon secret est bien simple, dis-je.