—Je vous en félicite et je voudrais que la mien fût comme le vôtre, mais il ne l'est pas et voilà pourquoi je persiste dans mon idée de m'en ouvrir à vous, afin que nous tenions à nous deux une sorte de petit conseil de guerre. Tout d'abord j'avais cru que ce secret serait le même pour nous deux et alors nous aurions eu l'un et l'autre les mêmes raisons pour prendre une résolution. Mais bien que par le peu de mots que vous venez de dire, je vois que vous n'êtes pas dans une situation identique à la mienne, je n'en veux pas moins vous consulter.
Ici, il me dit de nouveau mille choses obligeantes que je ne veux pas rapporter, mais que je dois constater cependant pour expliquer la confiance qu'il me témoignait.
A la fin, toutes ses précautions oratoires étant prises, il abandonna le langage obscur et entortillé dont il s'était jusque-là servi pour parler plus clairement:
—Si on venait vous tâter, me dit-il, pour savoir de quel côté vous vous rangeriez dans le cas d'un conflit entre le président de la République et l'Assemblée, quelle serait votre réponse?
—Elle serait simple et nette; je me rangerais du côté de celui qui respecterait la loi et contre celui qui la violerait. Nous n'avons pas autre chose à faire, nous autres soldats; notre route est tracée, nous n'avons qu'à la suivre: c'est très-facile.
—Pour ceux qui voient cette route, mais tout le monde ne la voit pas comme vous, et alors dans l'obscurité, il est bien permis d'hésiter et de tâtonner.
—Qui fait cette obscurité?
—Les circonstances politiques.
—Et qui fait les circonstances politiques?
—Le hasard, ou, si vous le voulez, la Providence.