On a fait une comédie sur ce mot que, quand on dit aux gens qu'on les aime, il faut au moins leur demander ce qu'ils en pensent. Cette situation était exactement la mienne; seulement au lieu de la prendre par le côté comique, je la prenais par le côté tragique: la crainte et l'angoisse m'oppressaient le coeur; j'avais dit à Clotilde que je l'aimais: que pensait-elle de mon amour? que pensait-elle surtout de mon aveu?
Si je ne pouvais la presser de questions et la supplier de me répondre, je pouvais au moins l'interroger du regard. Ce fut le langage que je parlai, en effet, toutes les fois que mes yeux purent rencontrer les siens.
Mais qui sait lire dans les yeux d'une femme, avec la certitude de ne pas se tromper? Je n'ai point cette science. Chaque fois que le regard de Clotilde se posait sur moi, il me sembla qu'il n'était chargé ni de reproches ni de colère, mais qu'il était troublé, au contraire, par une émotion douce. Seulement, cela n'était-il pas une illusion de l'espérance? Le désir pour la réalité? La question était poignante pour un esprit comme le mien, toujours tourmenté du besoin de certitude, qui voudrait que dans la vie tout se décidât par un oui ou par un non.
Ah! qu'un mot appuyant et confirmant ce regard m'eût été doux au coeur!
Cependant, il fallut partir sans l'avoir entendu ce mot, et il fallut pendant huit jours rester à Marseille en proie au doute, à l'incertitude et à l'impatience.
Enfin, ces huit jours s'écoulèrent secondes après secondes, heures après heures, et le dimanche arriva: je pouvais maintenant faire une visite au général, je le devais.
Je m'arrangeai pour arriver à Cassis au moment où le général se lèverait de table.
Quand celui-ci me vit entrer, il poussa des exclamations de gronderie:
—Voilà un joli soldat qui se présente quand on sort de table; pourquoi n'êtes-vous pas venu pour dijuner?
—Je suis venu pour faire votre partie et vous demander ma revanche.