Enfin, il a trouvé sa vocation, et il faut convenir qu'il a été bien préparé au dur métier de soldat de la Révolution et de l'empire; pendant vingt-trois ans il parcourra l'Europe dans tous les sens, et les fatigues pas plus que les maladies ne pourront l'arrêter un seul jour; il rôtira dans les sables d'Égypte, il pourrira dans les boues de la Pologne, il gèlera dans la retraite de Russie, et toujours on le trouvera debout le sabre en main. C'est avec ces hommes qui ont reçu ce rude apprentissage de la vie, que Napoléon accomplira des prodiges qui paraissent invraisemblables aux militaires d'aujourd'hui.

Pour son début, il est enfermé dans Mayence, ce qui est vraiment mal commencer pour un beau mangeur; mais la famine qu'il endure à Mayence ne ressemble en rien à la faim atroce dont il a souffert dans la montagne Noire. Il en rit.

En Vendée, il rit aussi de la guerre des chouans et de leurs ruses; il en a vu bien d'autres dans les passages des Pyrénées, au temps où il était faux-saunier. Ce n'est pas lui qui se fera canarder derrière une haie ou cerner dans un chemin creux.

Où se bat-il, ou plutôt où ne se bat-il pas? Le récit en serait trop long à faire ici, et bien que j'aie pris des notes pour l'écrire un jour, je retarde ce jour. Un trait seulement pris dans sa vie achèvera de le faire connaître.

En 1801, il y a dix ans qu'il est soldat, et il est toujours simple soldat; il a un fusil d'honneur, mais il n'est pas gradé.

A la revue de l'armée d'Égypte, passée à Lyon par le premier consul, celui-ci fait sortir des rangs le grenadier Martory.

—Tu étais à Lodi?

—Oui, général.

—A Arcole?

—Oui, général.