—Tu as fait la campagne d'Égypte; tu as un fusil d'honneur; pourquoi es-tu simple soldat?
Martory hésite un moment, puis, pâle de honte, il se décide à répondre à voix basse:
—Je ne sais pas lire.
—Tu es donc un paresseux, car tes yeux me disent que tu es intelligent?
—Je n'ai pas eu le temps d'apprendre.
—Eh bien! il faut trouver ce temps, et quand tu sauras écrire, tu m'écriras. Dépêche-toi.
—Oui, général.
Et à vingt-six ans, il se met à apprendre à lire et à écrire avec le courage et l'acharnement qu'il a mis jusque-là aux choses de la guerre.
La paix d'Amiens lui donne le temps qui, jusque-là, lui a manqué; l'ambition, d'ailleurs, commence à le mordre, il voudrait être sergent; et il travaille si bien, qu'au moment de la création de la Légion d'honneur, dont il fait partie de droit, ayant déjà une arme d'honneur, il peut signer son nom sur le grand-livre de l'ordre.
C'est le plus beau jour de sa vie, et pour qu'il soit complet, il écrit le soir même une lettre au premier consul; six lignes: