Quel contraste, n'est-ce pas, entre cette éducation paternelle, si douce, si attentive, et celle que le hasard, à la main rude, donna au général Martory?

Je ne sais si elle fera de moi un général comme elle en a fait un du contrebandier des Pyrénées, mais ce qu'elle a fait jusqu'à présent, ç'a a été de me pénétrer pour mon père d'une reconnaissance profonde, d'une ardente amitié.

Aussi, dans ce long trajet de Marseille, me suis-je plus d'une fois fâché contre la pesanteur de la diligence, et, à partir de Châlon, contre la lenteur du chemin de fer.

Pauvre père!

XVII

Nous entrâmes dans la gare du chemin de fer de Lyon à dix heures vingt-cinq minutes du soir; à onze heures j'étais rue de l'Université.

L'appartement de mon père donne sur la rue. Dès que je pus apercevoir la maison, je regardai les fenêtres. Toutes les persiennes étaient fermées et sombres. Nulle part je ne vis de lumière. Cela m'effraya, car mon père a toujours eu l'habitude de veiller tard dans la nuit.

Je descendis vivement de voiture.

Sous la porte cochère je me trouvai nez à nez avec Félix, le valet de chambre de mon père.

—Mon père?