Que par un mot imprudent au contraire on provoquât une explosion, et immédiatement ce qui était vague devenait précis; ce qui était calme devenait irrésistible; l'amour qui s'ignorait se changeait en une passion exigeante; les tourments, les souffrances naissaient.
Amené à cette conclusion par l'intérêt bien compris de sa petite-fille, il s'y trouvait d'autre part maintenu par des considérations d'un ordre tout différent, puisqu'elles s'appliquaient à Richard de Gardilane, et qui avaient à ses yeux une importance considérable.
Ce qu'il éprouvait pour le capitaine, c'était plus que de la sympathie, c'était de l'amitié et de l'estime; il aimait son caractère ferme, sa nature droite, son esprit ouvert; il l'estimait pour ce qu'il avait appris de lui et pour ce qu'il en voyait chaque jour; il lui reconnaissait de la politesse et de la distinction; il le trouvait beau garçon, d'une beauté virile; pour la naissance, il le savait le descendant d'une famille dont la noblesse avait des preuves écrites dans l'histoire du Midi depuis plus de cinq cents ans; enfin, pour la fortune, s'il n'avait rien ou tout au moins peu de chose pour le présent, il était certain que deux héritages, qui lui appartenaient, le mettraient un jour dans une belle situation.
C'était donc un homme dont il pouvait faire son gendre, en qui il avait toute confiance, et près duquel il serait heureux de vivre.
Mais, malgré ces qualités réelles et solides qu'il lui reconnaissait, malgré l'amitié et l'estime qui le poussaient de son côté, il avait contre lui un grief qui, pour être unique, n'en était pas moins capital.
C'était l'irréligion, ou plus justement l'absence de religion du capitaine.
Pour lui, c'était un article de foi,—son gendre devait être catholique.
Mais de plus c'était une exigence de son amour paternel: s'il donnait sa fille en cette vie, il voulait avoir la certitude d'être réuni à elle au-delà de la mort.
Or, il ne paraissait pas que le capitaine pût être ce gendre.
Quelles étaient au juste ses croyances? le comte l'ignorait, car ils n'avaient jamais eu d'explication précise à ce sujet; mais il était bien certain néanmoins que le capitaine n'avait pas la foi; jamais, il est vrai, il ne lui était échappé une plaisanterie contre la religion des autres, mais jamais non plus il n'avait dit un mot montrant qu'il était chrétien; son état paraissait être l'indifférence, une indifférence absolue.