Et par ce fait seul il se trouvait placé dans une fâcheuse condition pour provoquer les confidences au sujet du capitaine.

En effet, que lui répondrait-il si elle lui confessait son amour?

Il ne pouvait pas lui dire: «Je te le donne», puisqu'il n'avait pas le droit de consentir légalement à son mariage, et qu'elle, de son côté, n'était pas encore maîtresse de sa volonté.

La seule personne qui en ce moment avait le droit de consentir ou de s'opposer à son mariage, c'était sa mère, et dans les dispositions d'hostilité et de haine où celle-ci se trouvait, sinon envers sa fille pour laquelle elle n'avait guère que de l'indifférence,—au moins envers lui, comte de la Roche-Odon,—il y avait tout à craindre qu'elle repoussât Richard par cette seule raison que ce ne serait pas elle qui l'aurait choisi.

Cela rendait sa situation tout à fait délicate et devait lui imposer une extrême réserve à provoquer les confidences de sa petite-fille.

En effet, parler d'amour à Bérengère, c'était implicitement reconnaître qu'elle pourrait aimer, et c'était là un aveu que les circonstances rendaient particulièrement dangereux.

Si elle éprouvait un sentiment tendre pour le capitaine, il se pouvait très-bien qu'elle ignorât la nature de ce sentiment ou qu'elle se refusât à se l'expliquer elle-même.

Avec une enfant innocente et pure comme elle l'était, cela n'était nullement impossible.

Et il n'était nullement impossible d'admettre aussi que si rien ne venait provoquer l'explosion de ce sentiment, il pouvait se maintenir longtemps encore à l'état vague.

Or, en gagnant du temps, ils se rapprocheraient du moment où Bérengère pourrait se passer du consentement de sa mère.