—Vous pouvez en être sûr.

—Ce n'était pas parce que j'en doutais que je l'ai repoussée tout à l'heure, mais parce qu'elle a quelque chose de honteux. Cependant, comme il faut avant tout songer au bonheur de Bérengère, je crois que, le moment venu, je tenterai cette négociation.

—Qui échouera ou qui vous ruinera, si elle n'est pas appuyée par la cessation imminente de la tutelle! Tout se tient dans mon plan. Si madame la vicomtesse de la Roche-Odon a l'espérance de rester tutrice, elle ne consentira pas au mariage. En effet, son calcul est bien simple, et si vous voulez me permettre de vous l'expliquer dans toute sa brutalité, vous allez voir qu'il n'y a pas possibilité de scinder mon moyen. Ce calcul le voici: madame la vicomtesse se dit que si vous mourriez demain, dans six mois, dans un an, elle administrerait la fortune de sa fille pendant trois ou quatre ans.

—Vous comptez jusqu'à la majorité de vingt et un ans.

—Sans doute.

—N'allez pas si vite; nous faisons émanciper ma petite-fille à l'âge de dix-huit ans, et alors si nous voulons nous marier, nous offrons, en échange du consentement de la mère, ce que vous vouliez lui proposer au moment de la destitution de la tutelle par jugement: que cette tutelle cesse par émancipation ou par destitution, c'est même chose, n'est-ce pas?

—A mon tour, je vous dis: N'allez pas si vite, monsieur le comte; vous faites émanciper votre petite-fille à l'âge de dix-huit ans, comment cela?

—Au moyen d'une délibération du conseil, comme la loi l'indique.

—Quelle loi?

—Mais le code.