XXI

C'était chose assez délicate pour M. de la Roche-Odon que d'aller confesser M. de Gardilane.

Heureusement il avait pris en ces derniers temps l'habitude de faire au capitaine de fréquentes visites, soit chez lui, soit à son bureau des casernes; et par là se trouvait épargné l'embarras de se présenter de but en blanc sans avoir une raison ou un prétexte.

De raison ou de prétexte, il n'en avait pas besoin; il venait comme à l'ordinaire, pour rien, pour le plaisir.

Il ne lui fallait qu'une occasion.

Mais il en était de lui comme des amants jeunes et timides qui ne trouvent jamais bonne l'occasion qui se présente, tant ils ont peur de perdre la femme qu'ils aiment passionnément. Cette occasion, ils n'osent la faire naître, il faut qu'elle s'impose à eux, et encore bien souvent la repoussent-ils.

Ce fut ainsi qu'il alla trois ou quatre fois chez le capitaine, parfaitement décidé à parler en quittant la Rouvraye, et cependant revenant à la Rouvraye sans avoir rien dit de ce qu'il avait laborieusement préparé, ingénieusement combiné, savamment arrangé.

En route, il disposait son plan: il disait ceci, et puis cela; c'était bien simple; le capitaine serait forcé de répondre; il prévoyait ses répliques.

Il arrivait brave et décidé:

—Bonjour, mon cher ami.