Tout à coup M. de la Roche-Odon releva la tête, et, tendant la main au capitaine par un mouvement qui calma instantanément l'anxiété de celui-ci:
—Mais vous êtes une âme religieuse! s'écria-t-il. Vous m'auriez répondu que Dieu était une hypothèse dont votre raison n'avait pas besoin, que j'aurais été désolé. Mais grâce au ciel, il n'en a pas été ainsi. Vous sentez, vous reconnaissez la nécessité de la foi.
Ce n'était pas tout à fait cela que le capitaine avait dit, il s'en fallait même de beaucoup, mais il ne souleva pas de contestation.
—Comment avez-vous été élevé? demanda le comte, chrétiennement?
—J'ai reçu l'instruction religieuse qu'on donne au collége.
—C'est bien cela. Et depuis, n'est-ce pas, vous n'avez pas étudié notre sainte religion?
—Non, pas particulièrement.
—Eh bien, mon cher ami, cette lumière que vous demandez, elle est dans votre âme, et il suffit d'une étincelle pour allumer le flambeau de la foi qui vous guidera.
Cette fois il n'eût pas été loyal de laisser croire au comte qu'il avait exprimé la vérité; le capitaine secoua donc la tête par un geste de dénégation.
—Vous ne la voyez pas, cette lumière, s'écria M. de la Roche-Odon, mais je me charge de vous la montrer, le voulez-vous?