Le capitaine hésita un moment, mais il n'eut pas la force de repousser la proposition du comte.
—Volontiers, dit-il.
XXII
Volontiers!
Ce mot n'était pas bien exact.
En effet, ce ne pouvait pas être de bonne volonté qu'il acceptait cette proposition, alors qu'il la savait inutile, et quand il comprenait quels dangers elle pouvait amener.
Que M. de la Roche-Odon s'imaginât, dans son zèle et dans son amitié, qu'il pourrait ramener le capitaine à la pratique de la religion chrétienne, cela s'expliquait et se comprenait jusqu'à un certain point.
Convaincu de l'excellence de cette religion, le comte était persuadé, comme tous ceux qu'une foi ardente enflamme, qu'il n'y a qu'à démontrer l'excellence de cette religion pour convertir les esprits qui jusqu'alors sont restés plongés dans l'ignorance;—quand le capitaine saurait, il croirait; quand il croirait, il pratiquerait: cela se tenait et s'enchaînait logiquement.
Mais le capitaine, qui se connaissait, savait parfaitement à l'avance que la parole du comte serait impuissante et qu'elle n'amènerait aucun changement dans ses idées.
De ces entretiens demandés par M. de la Roche-Odon, il ne pouvait donc sortir que des luttes et finalement sans doute une rupture; car il serait obligé, sous peine de déloyauté, de répondre aux arguments du comte, et il ne pourrait pas le faire en se maintenant dans les termes vagues qu'il venait d'employer. Il se reprochait de n'avoir pas été plus affirmatif. Continuer ce système serait une lâcheté dont il se sentait incapable. Sans doute il écouterait respectueusement le comte, il le laisserait parler tant que celui-ci voudrait, il répondrait même à ses arguments, en les discutant avec la plus grande modération, mais enfin il arriverait une heure où il faudrait bien que toutes ces discussions se résumassent dans un mot, et ce mot il devrait le dire sincère et précis, quoi qu'il pût en résulter.