—Je suis sûre. D'autre part, tu sais bien que j'ai compris aussi pourquoi tu t'es imposé ce régime sévère qui fait que tu n'oses même pas manger quand tu as faim; tu sais bien que je ne suis pas aveugle, et tu sais bien aussi que je ne suis pas tout à fait bête. Suis-je bête?
M. de la Roche-Odon n'avait pas envie de plaisanter, cependant il ne put retenir le sourire qui lui vint sur les lèvres.
—Ah! enfin te voilà comme je t'aime, s'écria-t-elle, et je t'assure que ta bonne figure te va mieux que tes airs sévères. Puisque tu me souris, tu voudras bien sans doute me répondre maintenant; me suis-je trompée en devinant que tu désirais me voir mariée?
—Mais...
—Oh! je t'en prie, grand-papa, un oui ou un non: tu ne saurais croire combien tu faciliteras ma tâche, qui, je t'assure, est pénible; si tu me dis que je ne me suis pas trompée.
—Dans une certaine mesure, mais dans une certaine mesure seulement, non, tu ne t'es pas trompée, je...
—Oh! c'est assez, je ne t'en demande pas davantage.
—Cependant...
—Non, c'est assez, pour moi il suffit que j'aie pu penser que tu désirais me voir mariée, et tu l'as désiré. Pensant cela, j'ai examiné si de mon côté je désirais me marier; car tu es trop bon pour me marier contre mon gré, et de mon côté je ne suis pas d'un caractère à accepter un mariage qui ne me plairait pas. Bien certainement je suis prête à tout faire pour te contenter, à tout entreprendre, à tout souffrir; cependant, il y a une chose qui me serait impossible, même quand tu me la demanderais, ce serait d'accepter un mari que tu aurais choisi et que je n'aimerais pas.
Où voulait-elle en arriver?