—Richard!
—... M. de Gardilane m'aimait, sans qu'il m'eût jamais parlé de son amour, quand, par ce que tu me dis de lui, je compris que tu regardais comme chose possible et même favorable un mariage entre lui et moi. Je savais tout le bien que tu pensais de lui, toute l'estime que tu faisais de son caractère, toute la sympathie, toute l'amitié qu'il t'inspirait. Je savais aussi combien étaient vifs les sentiments de respectueuse affection qu'il ressentait pour toi.
—Passons.
—Non, grand-papa, car tout est là, dans cette estime, dans cette amitié réciproques que vous éprouviez l'un pour l'autre. Un seul obstacle pouvait s'opposer à notre mariage; celui-là même que tu avais entrepris d'aplanir. Comme Ri... comme M. de Gardilane ne connaissait pas tes intentions, il y avait danger qu'il ne t'écoutât pas, ainsi qu'il l'eût fait, s'il les avait connues et qu'alors tu renonçasses à ton projet de mariage, et nous nous aimions, grand-papa; il m'aimait, je l'aimais. Alors la pensée me vint de prévenir ce danger. J'écrivis à M. de Gardilane...
—Tu as écrit!
—Deux lignes, pour lui dire que je le priais de se trouver aujourd'hui, à trois heures, dans les ruines. Il est venu à ce rendez-vous, et là je lui ai expliqué que j'étais décidée à me marier, pour toi d'abord, pour assurer ton repos, pour te rendre la santé, pour que tu vives heureux et tranquille, sans inquiétudes sur mon avenir,—ensuite pour moi-même parce que j'aimais un honnête homme qui me respectait assez pour ne m'avoir jamais dit un mot d'amour.
—Oh! mon Dieu! mon Dieu! s'écria M. de la Roche-Odon.
Puis, après un moment de silence, il fit signe à Bérengère de continuer.
—Je n'ai rien de plus à te dire, grand-papa.
—Rien?