Il était bien certain que mademoiselle Emma écrirait la lettre dont elle venait de lui inspirer l'idée.

Il était certain que le lundi suivant Rosa Zampi, pénétrant au n° 81 de la via Gregoriana, surprendrait son amant soupant en tête-à-tête avec madame de la Roche-Odon.

Et il était certain encore que de cette surprise résulterait une scène terrible, dans laquelle se diraient et se feraient toutes sortes de choses dramatiques.

Enfin il était non moins certain que cette scène ne resterait pas circonscrite aux seuls acteurs qui la joueraient: il y aurait du bruit, du scandale, peut-être même des blessures, et lord Harley serait sûrement informé de ce qui, en son absence, se serait passé chez celle qu'il aimait.

Tout cela c'était ce que madame Prétavoine avait prévu et arrangé en expliquant à Emma l'idée que celle-ci «avait sûrement eue.»

Mais l'entretien qu'elle avait dirigé, avait si heureusement tourné qu'elle pouvait maintenant pousser ses avantages beaucoup plus loin.

Ce n'était plus d'informer lord Harley de ce qui se serait passé en son absence chez sa maîtresse, qu'il s'agissait, c'était de le rendre témoin de ce qui s'y passerait sous ses yeux, c'était de lui faire entendre ce qui s'y dirait.

Tout se trouvait changé et, par bonheur, dans un sens favorable à ses desseins.

Sachant ce qu'elle savait maintenant, elle pourrait même se passer du concours de Rosa Zampi; en effet, il suffisait que lord Harley, arrivant dans la nuit, trouvât Cerda et madame de la Roche-Odon en tête-à-tête, soupant galamment, pour rompre avec sa maîtresse infidèle.

Mais il n'y avait aucun inconvénient à aller au delà du simple suffisant.