Elle attendit le lundi soir avec une fiévreuse impatience, et de bonne heure elle se retira dans sa chambre disant à la soeur Sainte-Julienne, ainsi qu'à Aurélien, qu'elle désirait se coucher.
Mais au lieu de se coucher, elle atteignit un grand manteau noir à capuchon et l'ayant disposé sur une table, elle souffla la lumière.
Puis cela fait, elle s'installa dans un fauteuil et resta là immobile, comptant les heures de sa pendule qui résonnaient dans le silence de la nuit.
Lorsque la demie sonna après onze heures, elle endossa vivement son manteau mais sans faire de bruit, et sortant à pas glissés elle descendit, au grand étonnement de mademoiselle Bonnefoy la jeune, qui n'était point encore couchée.
—Êtes-vous donc indisposée? demanda mademoiselle Bonnefoy.
La question n'était peut-être pas en situation, car si madame Prétavoine avait été indisposée, elle ne serait pas sortie à onze heures et demie; mais comme mademoiselle Bonnefoy n'osait pas demander franchement: «Où allez-vous en pareille heure?» elle se servait de la question qui s'offrait à son esprit.
—Non, pas du tout; je vous remercie, répondit madame Prétavoine.
Et, sans en dire davantage, elle sortit vivement.
De la place Barberini à la via Gregoriana, la course n'est pas longue; en peu de minutes, madame Prétavoine arriva devant la maison de madame de la Roche-Odon.
Les fenêtres de l'appartement de la vicomtesse étaient éclairées, et par les fentes des rideaux on apercevait des jets de lumière; c'était là un signe favorable: évidemment Cerda était attendu.