—Alors si vous ne savez rien, je ne puis rien vous dire.
—Si je savais quelque chose il me semble que ce serait justement le cas de ne rien me dire, répliqua Aurélien en souriant.
—Je n'ai pas vu, je ne sais que vaguement, par ouï-dire; je ne peux pas me faire le porte-voix d'un scandale, qui peut-être ne repose sur rien de fondé; et puis, d'autre part, comme il s'agit d'un grand nom de la noblesse française, le cas demande des ménagements particuliers.
—Cela est très-juste, répliqua Aurélien; au reste, je crois que je ne pourrais pas entendre votre récit, sans nous exposer à être en retard pour la messe.
Et sans un mot de plus, ils entrèrent tous les deux dans l'église, et ils allèrent s'agenouiller devant la statue en argent du bienheureux saint Ignace.
Aurélien ne tenait pas du tout aux renseignements de son discret ami, il suffisait que celui-ci lui eût parlé d'une grande nouvelle et d'un scandale, pour que dans la journée il pût aborder les gens de connaissance qu'il rencontrerait en leur disant:
—Le comte Algardi m'a parlé tout à l'heure d'un scandale sans vouloir me le conter; de quoi donc et de qui s'agit-t-il?
Puisque ce scandale était connu du comte Algardi, il devait l'être d'autres personnes.
Ce raisonnement était juste; Aurélien ne tarda pas à rencontrer des gens moins timorés que le comte Algardi.
Dans le Corso on n'entendait que les noms de Cerda, de la vicomtesse de la Roche-Odon et de lord Harley, chacun racontant l'histoire de la nuit à sa manière.