—J'attendrai son retour.
—Je ne sais quand elle rentrera.
—L'affaire est de telle importance que je ne puis la remettre à demain.
Ces quelques mots s'étaient échangés rapidement, mademoiselle Emma parlant d'un ton sec et raide, madame Prétavoine répondant avec sa douceur ordinaire.
Depuis la visite qu'Emma lui avait faite, madame Prétavoine n'était pas venue chez madame de la Roche-Odon, et cette première entrevue était significative.
Elle disait clairement quels étaient les sentiments de la femme de chambre de la vicomtesse pour celle qu'elle accusait toujours, ou tout au moins qu'elle soupçonnait d'avoir perdu sa maîtresse.
Mais présentement madame Prétavoine n'avait pas à prendre souci de cette hostilité; l'arme qu'elle avait aux mains étant assez puissante pour vaincre toutes les résistances.
Emma, il est vrai, pouvait avoir répété à sa maîtresse l'histoire qu'elle lui avait contée, c'est-à-dire l'amour d'Aurélien pour Bérengère, son projet de mariage et l'abandon de ce projet à la suite du scandale causé par le départ de lord Harley; mais si ce récit avait été fait, et si la vicomtesse s'étonnait qu'on vînt lui demander son consentement au mariage de sa fille quelques jours après qu'on avait annoncé très haut qu'on ne voulait plus de ce mariage, il n'y aurait qu'à légitimer ce changement par quelque bonne explication, et cette explication ne serait nullement impossible à trouver.
Et madame Prétavoine s'installa seule, mademoiselle Emma ne daignant pas lui tenir compagnie, dans le petit salon, où, à son arrivée à Rome, on l'avait fait entrer pour attendre madame la vicomtesse de la Roche-Odon.
Que les temps étaient changés!