Alors pour être reçue elle n'avait à présenter timidement, humblement, qu'une lettre de recommandation d'un petit avoué de province.

Tandis que maintenant elle tenait dans sa poche un talisman qu'elle n'avait qu'à montrer pour qu'on se prosternât à ses pieds.

Qui l'avait obtenu, ce talisman?

A cette pensée, un mouvement d'orgueil soulevait sa poitrine, et la légitimité des moyens qu'elle employait lui paraissait d'autant plus évidente, que le succès jusqu'alors avait récompensé ses efforts: Dieu la protégeait et la guidait.

Mais si l'orgueil était dans son coeur, il ne se manifestait pas au dehors dans son attitude ou dans ses paroles.

En pénétrant dans cette maison pour la première fois et en s'installant dans ce salon, elle avait tiré de sa poche un petit livre de prières, et discrètement, osant à peine s'asseoir sur le fauteuil qu'on lui avait avancé, elle avait commencé à lire dans ce petit livre relié en chagrin noir.

Pouvant se présenter maintenant en maîtresse, elle garda la même attitude et de nouveau elle tira de sa poche le même petit livre; seulement avant de commencer sa lecture, elle retira de dedans ce livre un petit morceau de papier plié en quatre qui pouvait mettre le feu à cette maison, et la faire sauter; puis cela fait elle se recueillit dans sa pieuse lecture.

Ce fut à six heures seulement que madame de la Roche-Odon rentra.

Madame Prétavoine qui avait l'oreille fine, entendit qu'un colloque s'engageait à mi-voix dans l'antichambre entre la vicomtesse et Emma, mais toutes les paroles de ce colloque n'arrivèrent pas jusqu'à elle.

—Je vais la congédier, disait Emma.