—Pourquoi ne pas lui donner ce consentement? dit-il, le Prétavoine est riche et il est assez bête pour faire un précieux mari; maintenant qu'il va être comte, rien ne s'oppose à ce qu'on l'accepte; en tous cas, cela vaudrait mieux que de prendre l'argent de cette gueuse d'Emma, qui est sûrement de l'argent volé, car enfin on ne me fera jamais accroire qu'une femme de chambre peut économiser quarante mille francs; pourquoi payer ces 27,500 francs quand on peut ne pas les payer? donne donc ton consentement; si Bérengère ne veut pas du Prétavoine elle le refusera.
Et il s'en alla fort satisfait de la tournure que prenait son affaire, car en aucun cas il n'avait rien à craindre, et que sa mère donnât les 27,500 francs ou qu'elle donnât son consentement, le chèque serait toujours rendu,—ce qui pour lui était le seul point à considérer.
Le lendemain matin, à dix heures, Emma apportait 28,000 francs à sa maîtresse, et celle-ci courait à la banque de Rome; mais, à ses questions, on répondait que le directeur était absent de Rome, pour toute la journée, sans qu'on sût où il était. A qui s'adresser? Elle ne pouvait pas parler de ce chèque aux caissiers et aux employés. D'ailleurs à quoi bon, ils n'auraient pas pu prendre une résolution.
La situation était cruelle.
Si pénible que fût la démarche, il fallait aller demander à madame Prétavoine d'attendre jusqu'au lendemain.
Elle y alla.
Mais madame Prétavoine ne voulut rien entendre.
—C'est un délai que vous me demandez; je n'en ai jamais accordé un quand j'étais dans les affaires; pour moi, ce qui est dit une fois l'est pour toujours.
—Mais, madame...
—Vous voulez voir le directeur de la banque pour obtenir de lui que la plainte ne soit pas déposée; il n'est pas à Rome, parce que je n'ai pas voulu qu'il y fût. Si à quatre heures je n'ai pas votre consentement, c'est moi qui ferai déposer cette plainte; cela me regarde seule.