Madame de la Roche-Odon s'abaissa jusqu'à prier, jusqu'à supplier; poliment madame Prétavoine lui répondit qu'elle était obligée de sortir et qu'elle aurait l'honneur de l'attendre à trois heures.

Quand Michel apprit ce résultat, il entra dans une colère terrible.

—Voulez-vous que cette vieille sorcière dépose la plainte? s'écria-t-il. Elle a raison, la vieille dévote, de tenir à ce qu'elle a dit: en quoi ce mariage est-il effrayant? ne nous tire-t-il pas d'embarras, au contraire, non-seulement dans le présent, mais encore dans l'avenir, puisqu'il paraît que ce vieux gredin de comte ne veut pas mourir; toi plus que moi encore; les enfants ne doivent-ils pas des aliments à leurs parents?

Si brutales que fussent ces paroles, elles avaient cependant un fond de vérité, et madame de la Roche-Odon en était arrivée à le reconnaître.

Oui, cela était vrai, ce mariage les tirait d'embarras, puisque, suivant le mot de son fils, le comte ne voulait pas mourir.

Cependant elle ne se rendit pas, et jusqu'à deux heures elle resta hésitante, voulant et ne voulant pas.

Mais à deux heures, ce fut Michel lui-même qui vint l'arracher à ses angoisses.

—Vas-tu donc laisser déposer la plainte?

Elle fut presque heureuse de céder à cette violence.

Les formalités à remplir à la légation furent plus longues qu'elle n'avait pensé, et ce fut à trois heures quarante-cinq minutes seulement qu'elle arriva chez madame Prétavoine.