Tel était le cas du ministère qui, à ce moment, dirigeait les affaires italiennes; il n'avait point entendu les lamentations des amants et des amantes de Jésus, ou si elles étaient parvenues jusqu'à lui il n'en avait pas pris souci: les fouilles avaient continué et l'arène bouleversée avait été interdite aux pieuses processions.

C'était sur cette interdiction que madame Prétavoine comptait pour accomplir l'action d'éclat conseillée par Mgr de la Hotoie, confesser publiquement sa foi, affirmer son dévouement au Saint-Siége, et gagner enfin ce titre de comte qu'on lui marchandait si misérablement.

LII

Les amants et les amantes de Jésus ne s'étaient pas contentés de plaintes.

Ils avaient voulu faire des manifestations, et pour cela ils avaient organisé des processions; le vendredi, en costume, avec croix et bannières, ils venaient faire le tour du Colisée en chantant.

Mais ils ne pénétraient point dans l'arène, attendu qu'un poste de police en défendait l'entrée; on stationnait devant ces entrées, on se groupait, on s'échauffait en paroles plus ou moins violentes, en lamentations plus ou moins éloquentes; puis, après s'être ainsi bien excités les uns les autres, on rentrait tranquillement chez soi avec la conscience satisfaite du devoir accompli. Ce n'est pas d'aujourd'hui que les Romains ont pris l'habitude de céder à la force, et, pour les entraîner à quelque acte de violence, il aurait fallu que quelqu'un de résolu se mit à leur tête, et, jusqu'à ce jour, ce quelqu'un ne s'était point trouvé parler, oui, agir, non.

Madame Prétavoine décida qu'elle serait ce quelqu'un: où trouver une plus belle occasion pour confesser sa foi!

Pendant plusieurs jours, elle visita les membres de la confrérie chez lesquels elle pouvait se présenter, et dans la conversation il ne fut bien entendu question que du sacrilége qui s'accomplissait en ce moment dans le Colisée.

—Le laisserait-on s'accomplir ainsi jusqu'au bout!

—Que faire? ils ont la force pour eux.