En disant à madame Prétavoine qu'il ne fallait pas que Bérengère se mariât sans avoir vu le monde, et qu'il se chargeait de lui trouver un mari qui eût une grande situation ou qui eût un grand nom et qui fût un peu bêta, avait-il parlé sérieusement, ou bien ces paroles n'avaient-elles été qu'une boutade?
Il était d'une importance capitale d'être fixé à ce sujet.
Enfin par d'habiles détours il ramena la conversation vers Condé, et tout naturellement lorsqu'ils en furent là, elle arriva à Bérengère.
Après avoir longtemps parlé, Michel à son tour écouta, et surtout questionna.
Sa soeur était-elle réellement une beauté, comme l'avait dit madame Prétavoine? la petite fille qu'il se rappelait était dégingandée, et elle n'avait alors de remarquable que des yeux et des cheveux.
Aurélien ne pouvait pas parler de Bérengère avec la chaleur de sa mère, c'eût été se trahir; mais le portrait qu'il fit d'elle, long et détaillé, plutôt exact qu'enthousiaste, donnait bien l'idée de ce qu'elle était réellement.
Michel se montra très-satisfait de ce portrait, car il paraissait tenir beaucoup à la beauté de sa soeur. Quelle eût de l'esprit, du coeur, de la bonté, de la tendresse, il n'en prenait nul souci. Elle était belle? pour lui tout était là.
Il n'était pas bien difficile de deviner ce qui inspirait ce désir. Si Bérengère était belle, on lui trouverait le mari à grand nom ou à grande situation financière qu'il voulait; car c'est avec la beauté comme appât, plus qu'avec le coeur, la bonté ou la tendresse qu'on pêche les maris.
La seconde question sur laquelle il insista presque aussi longuement se rapporta à la santé de M. de la Roche-Odon.
Comment le vieux comte portait-il ses soixante-seize ans? Était-il souvent malade? Que disaient de lui les médecins? Était-il vrai qu'il se fût astreint à un régime sévère, afin de prolonger son existence au-delà des limites permises? Cela était bien ridicule.