Pour ces questions non plus, il n'était pas bien difficile de deviner le mobile qui les dictait: assurément ce n'était point un intérêt sympathique; et ce n'était pas que le comte de la Roche-Odon vécût longtemps encore que Michel souhaitait; tout au contraire, c'était qu'il mourût bientôt en laissant sa fortune à Bérengère.

Mais là-dessus il n'entrait pas dans les combinaisons d'Aurélien de lui répondre comme il l'avait fait pour Bérengère. Tout au contraire, il s'appliqua à démolir les espérances que Michel pouvait avoir: le comte portait gaillardement sa vieillesse, jamais il n'avait une indisposition, le régime qu'il s'était imposé lui réussissait à merveille, et tout le monde, même les médecins, s'accordaient à dire qu'il vivrait au-delà de cent ans.

A chacune de ces réponses Michel avait fait la grimace et à la dernière il s'était levé de table avec colère.

—Il y a les accidents, avait-il dit.

—Encore faut-il qu'on s'y expose.

—Au revoir, à demain.

Et, sans en dire ou en écouter davantage, Michel était sorti, avait fait signe à un cocher et montant en voiture avait planté là son nouvel ami.

Aurélien s'était bien douté que ses paroles ne seraient pas agréables à Michel, mais les choses entre eux étaient assez avancées maintenant pour qu'il risquât ces réponses, quel que pût être leur effet.

Michel pourrait en être contrarié, mais il ne pourrait pas s'en fâcher; et il importait qu'en même temps que ses espérances relatives au mariage de sa soeur se trouvaient confirmées et agrandies, ses calculs sur la mort prochaine du comte de la Roche-Odon fussent radicalement détruits.

Jusqu'alors sa soeur lui avait paru bonne pour deux spéculations.