C'était chose grave, très-grave, que ces propos, car il était à craindre que le comte de la Roche-Odon n'eût pas entrepris cette conversion poussé seulement par sa foi, et qu'il y eût là-dessous quelque intention personnelle.
Et cette intention personnelle n'était-elle pas de pouvoir donner sa petite-fille à cet officier lorsqu'il serait converti?
Ah! comme les journées étaient longues à Rome! Et cependant il était impossible de repartir avant d'avoir réussi à obtenir le titre qu'on était venu chercher, et aussi sans avoir gagné l'alliance de madame de la Roche-Odon.
XVIII
Les lettres dans lesquelles on parlait à madame Prétavoine de la mélancolie de mademoiselle de la Roche-Odon, n'étaient pas très exactes, ou tout au moins le mot mélancolie n'était-il pas celui qui s'appliquait à son état; c'était plutôt gravité qui eût été juste.
En effet, cette jeune fille, cette enfant qu'on était habitué à voir légère, rieuse, sautillante, disposée à se moquer des choses comme des gens et à les prendre les uns comme les autres par le côté plaisant ou amusant, se montrait maintenant avec les allures et la tenue d'une personne sérieuse qui réfléchit et qui raisonne.
Sans doute elle n'avait pas entièrement perdu son enjouement, et du matin au soir elle n'était pas plongée dans le recueillement et la méditation, mais enfin le changement qui s'était fait en elle était assez sensible pour frapper les indifférents, et à plus forte raison son grand-père.
—Pourquoi donc Bérengère ne joue-t-elle plus avait demandé M. de la Roche-Odon qui, avec ses yeux de grand-père, ouverts par la tendresse, avait été le premier à remarquer ce qui se passait dans sa petite-fille.
A cette question qui lui était adressée, miss Armagh avait répondu qu'il ne fallait ni s'étonner, ni s'inquiéter de ce changement qui était chose naturelle.
—Il y a longtemps déjà que j'attendais cette métamorphose, dit-elle, l'enfant devient jeune fille, le papillon dépouille sa chrysalide et déplisse ses ailes d'or sous les chauds rayons d'un soleil printanier.