En sortant de la gare, il regarda autour de lui pour s'orienter; ne voyant rien qui ressemblât à une maison de jeu telle qu'il la comprenait, c'est-à-dire au casino de Royat, le seul établissement de ce genre qu'il eût jamais vu, il s'adressa à un passant:

—La maison de jeu, je vous prie?

—On ne joue pas à Monaco.

—Je croyais.

—C'est à Monte-Carlo qu'on joue.

—Et c'est loin, Monte-Carlo?

—Là-bas.

De la main, le passant lui indiqua, sur la pente de la montagne, un endroit verdoyant où, au milieu du feuillage, se montraient les toits et les façades de constructions importantes.

Il remercia et se dirigea de ce côté, tandis que le passant, en appelant un autre, racontait la demande qui venait de lui être adressée; et tous deux riaient en haussant les épaules: pouvait-on être bête comme ces Parisiens! Encore un qui allait se faire plumer et qui arrivait de Paris exprès pour ça! Était-il drôle avec ses grandes jambes et ses grands bras!... Est-ce qu'on joue avec une pareille tournure!...

Sans s'inquiéter de ces rires qu'il entendait derrière lui, Saniel continua son chemin en regardant la mer bleue miroiter sous les rayons obliques du soleil déjà bas à l'horizon. Malgré sa nuit passée en wagon, il ne ressentait aucune fatigue; au contraire, il se trouvait dispos de corps et d'esprit; le voyage avait calmé l'agitation de ses nerfs, et c'était avec une tranquillité parfaite qu'il envisageait ce qui s'était passé avant son départ. Dans l'état d'apaisement qui était le sien présentement, il n'avait plus à craindre de maladresse ou de coups de folie, et, puisqu'il avait ressaisi sa volonté, tout irait bien: plus de regards en arrière, encore moins en avant, le présent seul devait l'occuper.