—Pour cela, il faudrait qu'elle passât par l'avenue de Clichy, et c'est ce qui paraît invraisemblable.

—C'est le possible qui me tourmente, ce n'est pas le vraisemblable, et tu ne peux pas ne pas reconnaître que ce que je crains est possible: j'ai été chez Caffié le jour du crime, j'y ai perdu un bouton arraché avec violence, ce bouton ramassé par la police prouve, selon elle la culpabilité de celui à qui il a appartenu; qu'elle trouve que je suis celui-là...

—Elle ne le trouvera pas.

—....Admettons qu'elle le trouve, comment me défendrais-je?

—En prouvant que tu n'étais pas rue Sainte-Anne entre cinq et six heures, puisque tu étais ici.

—Et quels témoins attesteront cet alibi? Je n'en ai qu'un: maman. Que vaut le témoignage d'une mère en faveur de son fils dans de pareilles circonstances?

—Tu auras celui du docteur affirmant qu'il n'y a pas eu lutte, ni, par conséquent, de bouton arraché.

—Affirmant, mais n'apportant aucune preuve à l'appui de son sentiment; opinion de médecin que l'opinion d'un autre médecin peut combattre et détruire! Et puis, pour démontrer qu'il n'y a pas eu lutte, M. Saniel met en avant la surprise. Qui a pu surprendre Caffié? Ce n'est-pas le premier venu, n'est-ce pas? De même, ce n'est pas non plus le premier venu qui a pu s'introduire dans la maison, entrer et sortir en échappant à la surveillance de la concierge. Celui-là, bien sûr, était au courant des habitudes de la maison. De plus, il savait que, pour se faire ouvrir la porte par Caffié quand le clerc était sorti, il fallait sonner d'abord et ensuite frapper trois coups d'une certaine manière. Qui mieux que moi savait tout cela?

C'était pied à pied que Philis défendait le terrain contre son frère; mais peu à peu la confiance qui, tout d'abord, la soutenait s'affaiblissait. Chez Saniel, près de lui, elle était vaillante; entre son frère et sa mère, dans cette salle qui déjà avait vu leurs inquiétudes, n'osant pas élever la voix, elle se troublait et se laissait gagner par l'anxiété des siens:

—Vraiment, dit-elle, il semble que nous soyons des coupables et non des innocents!