Les choses en étaient là quand, un samedi soir, Saniel avait vu Philis tomber chez lui radieuse.

Dès la porte, elle s'écria:

—Il est sauvé!

—Ordonnance de non-lieu?

—Non, mais maintenant peu importe; nous pouvons aller aux assises.

Elle poussa un soupir qui disait combien étaient grandes ses craintes, malgré la confiance qu'elle affirmait quand elle répétait qu'une condamnation était impossible.

Il avait quitté le bureau devant lequel il travaillait et, venant à elle, il l'avait prise dans son bras pour la faire asseoir près de lui sur le divan:

—Tu vas voir que je ne me laisse pas enlever par l'illusion et que, comme je te le dis, il est sauvé, bien sauvé. Tu sais qu'un journal illustré a publié son portrait?

—Je ne lis pas les journaux illustrés.

—Tu aurais pu le voir à la montre des kiosques où il s'étale; c'est là que je l'ai vu, moi, hier matin, en sortant, et je suis restée pétrifiée, rouge de honte, éperdue, ne sachant où me cacher: «Florentin Cormier, l'assassin de la rue Sainte-Anne.» N'est-ce pas infâme qu'on puisse ainsi déshonorer un innocent? C'était ce que je me disais en baissant les yeux devant les kiosques que je rencontrais sur mon chemin, sans me douter de la joie qu'allait m'apporter la publication de ce portrait. Où le journal s'est-il procuré la photographie d'après laquelle la gravure a été exécutée? je n'en sais rien. On était venu nous en demander une; mais tu peux imaginer comment j'avais accueilli celui qui s'était présenté, n'imaginant pas qu'il pût résulter quelque chose de bon pour nous de ce que je considérais comme une honte.