—Et qu'est-il résulté?
—La preuve que ce n'est pas Florentin qui était chez Caffié au moment où l'assassinat a été commis. Toute la journée d'hier et toute la matinée d'aujourd'hui, j'étais restée sous l'impression de honte qui me poursuivait, quand à trois heures j'ai reçu ce petit mot de la concierge de la rue Sainte-Anne.
Elle sortit de sa poche un morceau de papier plié en forme de lettre, avec une adresse grossièrement écrite, qu'elle tendit à Saniel.
«Mademoiselle,
Si vous voulez passer rue Sainte-Anne, j'ai
quelque chose à vous apprendre qui vous fera
bien plaisir, à ce que je crois.
Je suis votre servante.
Veuve ANAÏS BOUCHU.»
—Tu sais que la vieille concierge aux reins ankylosés n'a jamais voulu admettre que mon frère pouvait être coupable. Florentin avait été poli et bon avec elle pendant son séjour chez Caffié, et elle lui en est restée reconnaissante. Bien souvent, elle m'avait dit qu'elle était certaine qu'on découvrirait le coupable, que les cartes l'annonçaient, et que, quand cela arriverait, elle me priait de l'en avertir. Au lieu que ce soit moi qui ait eu à lui apporter cette bonne nouvelle, c'est elle, comme tu le vois, qui m'a écrit de venir la recevoir d'elle. Tu penses comme je suis descendue vivement des Batignolles à la rue Sainte-Anne. Si loin qu'allât mon imagination, elle restait cependant au-dessous de la réalité: je comptais sur quelque indice favorable, une découverte, un témoignage, non sur une preuve; et cette preuve, nous l'avons. Quand j'arrivai, la vieille femme me prit les deux mains et me dit qu'elle allait me conduire tout de suite auprès d'une dame qui avait vu l'assassin de Caffié.